Universités : la réforme frappe de plein fouet l'IUT

Les étudiants se sont retrouvés hier matin avec les personnels enseignants et administratifs pour organiser leur journée de mobilisation.
La suppression de 31 postes sur 95 et la diminution de moitié des dotations de l'Etat inquiètent les personnels et les étudiants. Ils étaient en grève hier.
« On est en première année de Technique de commercialisation et on a peur qu'il n'y ait pas de deuxième année. » Estelle, Siloé et Emilie, en grève comme l'ensemble des 800 étudiants et du personnel des IUT de Cherbourg et Saint-Lô, s'inquiètent pour leur avenir. Jusqu'à maintenant, les budgets étaient gérés par l'Etat en fonction de critères comme le nombre d'étudiants ou le nombre de formations proposées. À la prochaine rentrée, avec la mise en place de la loi sur l'autonomie des universités, les budgets seront établis en fonction du nouveau système d'allocation des moyens (Sympa). Et les IUT ne s'y retrouvent pas.
Hier matin, lors d'une réunion en visio conférence avec le site de Saint-Lô, le directeur Philippe Makany a fait les comptes : une baisse de 26 postes d'enseignants sur 68 titulaires ; une baisse de cinq postes de personnels administratifs et techniques sur 27 et une baisse de la dotation globale de fonctionnement de 45 %. « De 915 000 € de dotation par an nous allons passer à 499 000 €. Sachant que la part de l'Etat représente 38 % de nos finances puisque 60 % proviennent de ressources propres, cela équivaut tout de même à une baisse de 20 % de notre budget global. Je ne vois pas dans ces conditions comment nous allons pouvoir continuer à assurer notre mission », s'alarme le directeur. « Si le gouvernement veut passer à un autre type de fonctionnement, il faut qu'il nous le dise, car au-delà du financement c'est toute l'organisation de l'IUT qui est remise en cause. Un système qui fait ses preuves depuis quarante ans. »
S'élever socialement
Une chose est sûre, les enseignants ne veulent pas baisser la valeur des diplômes. « L'IUT propose de réels débouchés. On retrouve nos étudiants dans la grande distribution, le commerce de détail ou dans les différents pôles industriels du bassin d'emploi. C'est pour des jeunes de condition modeste un moyen de s'élever socialement. N'oublions pas que 40 % de nos étudiants sont boursiers et n'auraient peut-être pas la possibilité d'aller étudier ailleurs », note Bruno Martin, un enseignant.
« Cette politique de destruction méthodique de l'enseignement supérieur est d'autant plus incompréhensible qu'elle condamne un système qui a fait ses preuves », renchérit le député maire Bernard Cazeneuve qui apporte « un soutien sans faille à l'IUT ». Le taux de réussite des étudiants des IUT de Cherbourg-Manche varie de 90 à 95 % selon les spécialités et le quart des diplômés qui choisissent d'entrer directement dans la vie active trouvent à 86 % un CDI en quelques mois. « Cette nouvelle décision gouvernementale vient toucher encore une fois l'enseignement et la formation dans le Cotentin. »
Hier, les étudiants ont distribué des tracts dans les rues de Cherbourg et de Saint-Lô. Aujourd'hui, avec leurs professeurs, ils seront à Caen à la manifestation interéducation « de la maternelle à l'université ».